Timeliner





Les Républicains peuvent-ils virer The Donald ?

Marine Quideau 6 septembre 2016
Une_Trump Out
06Sep
Depuis la Convention de Cleveland en juillet, The Donald n’a pas cessé d’enchaîner polémiques et scandales au point de faire douter son propre Parti. Alors, les Républicains peuvent-ils se débarrasser de leur candidat ? Survivront-ils au « Trumpisme » ? Timeliner tente d’analyser la tragédie républicaine.

« Je suis qui je suis. C’est moi, je ne vais pas changer.». En juin dernier, dans un article consacré à l’électorat hispanique du milliardaire, nous écrivions que « plus le scrutin de novembre approche et plus Donald Trump va adoucir son discours ». Naïf, non ? Qu’il s’agisse de ses déclarations à l’encontre de la famille d’un soldat américain musulman mort en Irak, ou de son discours appelant les partisans du Second Amendement (NDLR : celui qui autorise le port d’armes) à s’en prendre à sa rivale Clinton, depuis sa nomination officielle, Trump a enchaîné les polémiques et les scandales au point de se mettre à dos une bonne partie de son propre camp. Il était temps, , que les Républicains ouvrent les yeux sur celui qu’ils ont propulsé déjà si haut. Alors, est-il déjà trop tard ou le Parti peut-il encore limoger son candidat ?

Trump guns

Pour beaucoup de Républicains, le milliardaire a atteint un point de non-retour. Mais il existe tout de même quelques options pour sauver la mise.

Option n°1, la moins probable, Trump retire sa candidature…Cela permettrait de mettre en application la « Rule Nine » (la Règle 9) du règlement interne du Parti Républicain qui énonce que « le Comité National Républicain est autorisé et habilité à remplir toute vacance qui adviendrait en cas de décès, de démission ou autre du candidat républicain à la présidentielle ». Les 160 membres du Comité seraient alors appelés à se réunir pour déterminer un remplaçant.

Option 2, déclarer le candidat « not sound in mind » (mentalement inapte à servir la fonction suprême). Là encore, le Parti pourrait invoquer la « Rule Nine » et plus particulièrement la mention « ou autre » susmentionnée. La Représentante démocrate de Californie, Karen Bass, a d’ailleurs lancé une pétition sur le site Change.org, ainsi qu’une campagne Twitter #DiagnoseTrump, pour réclamer un examen psychologique du candidat qui, selon elle, « présente tous les symptômes » d’un trouble de la personnalité narcissique. Bon, ne nous leurrons pas, cette procédure a peu de chance d’aboutir.

Trump- Crédits AP

L’option n°3 est un plan à haut-risque pour le Parti Républicain : appeler les Républicains anti-Trump à se rallier aux plus petits candidats, comme le libertarien Gary Johnson ou l’écologiste Jill Stein. Option risquée, puisqu’une telle dispersion dans les rangs de droite pourrait favoriser l’élection d’Hillary Clinton qui, elle, bénéficie du soutien sans faille de tout l’appareil du Parti Démocrate.

En parallèle de l’élection présidentielle va se dérouler un autre enjeu de taille en novembre, à savoir les élections législatives pour le renouvellement d’une partie du Congrès. Si Trump a donc besoin du soutien des siens pour la Maison-Blanche, les sénateurs et représentants en quête d’un siège au Congrès ont également besoin de lui. Le critiquer aujourd’hui, c’est potentiellement perdre le soutien du Président qu’il pourrait être. Le Président de la Chambre des représentants Paul Ryan et le sénateur John McCain, deux hommes forts du Parti, ont déjà fait les frais des foudres du candidat. Jusqu’au 6 août dernier, Trump refusait catégoriquement d’apporter son soutien aux deux hommes dans leur primaire respective du Wisconsin et de l’Arizona, vexé de n’avoir pu compter sur eux dans la course à la nomination républicaine. Conscient qu’il n’était certainement pas dans son intérêt de se mettre à dos son propre camp, le milliardaire a finalement déclaré avoir « besoin d’un Sénat et d’une Chambre républicains pour accomplir les changements » qu’il souhaite réaliser s’il est élu.

Cette campagne législative est un argument de poids pour les anti-Trump du Parti. Dans une lettre ouverte, 70 pontes républicains ont clairement demandé aux responsables du Parti de rediriger leurs moyens financiers vers les campagnes législatives de certains candidats, au détriment donc du financement de Trump dans les derniers mois de la course. « Cela ne devrait pas être une décision difficile puisque les chances de Donald Trump d’être élu Président s’évaporent de jour en jour » pouvait-on lire dans cette fameuse lettre dévoilée par le site américain Politico. « Trump est un diviseur, imprudent et incompétent » ajoutent les signataires, « dont la campagne s’est construite sur la colère et l’exclusion, offensant des millions d’électeurs dont des handicapés, des femmes, des musulmans, des immigrés et des minorités ».

Dump Trump

Le Parti Républicain vit une véritable guerre intestine. Et nombre de ses membres s’en sont désolidarisés. C’est le cas notamment de Hank Paulson, ancien Secrétaire au Trésor sous George W. Bush, ou encore Michael Bloomberg, l’ancien Maire de New York, qui a quitté le Parti pour se déclarer indépendant. Le New York Times a également révélé récemment que nombre de donateurs ayant financé Jeb Bush, Chris Christie, John Kasich ou encore Ted Cruz avaient massivement investi dans la campagne d’Hillary Clinton. Selon la Commission fédérale électorale, ces Républicains auraient fait don de 2,2 millions de dollars à la candidate démocrate. Certaines figures notoires de la droite américaine, comme l’influente patronne de Hewlett Packard, Meg Whitman, ont fièrement annoncé qu’ils voteraient pour la candidate démocrate. « Je ne suis d’accord avec Clinton que sur peu de sujets » a déclaré la républicaine, « mais elle sera une bien meilleure présidente que le démagogue malhonnête qu’est Donald Trump ».

A moins de trois mois avant l’élection, un membre de son propre camp vient de se déclarer candidat indépendant pour tenter de lui voler quelques voix. Evan McMullin, ancien officier de la CIA et collaborateur parlementaire du groupe républicain à la Chambre des Représentants, est inconnu du grand public et a finalement peu d’expérience. Mais il peut compter sur le soutien des mouvements « Better for America » et « Never Trump » ralliant nombre de ceux qui n’ont pas digéré la nomination du milliardaire. Arrivant trop tard pour être représenté dans tous les États, McMullin n’a évidemment aucune chance de s’installer à la Maison-Blanche. Son objectif est simplement d’éparpiller les voix conservatrices pour empêcher Trump de l’emporter.

Enfin, si le scrutin de novembre semble clairement acquis aux Démocrates, au vu des récents sondages, les Républicains anti-Trump regardent désormais vers 2020. Plusieurs pontes du Parti ont d’ailleurs commencé à poser les premières pierres de leur future campagne. C’est le cas des ex-prétendants au trône républicain, John Kasich et Scott Walker, qui ont tous deux entamé une tournée dans certaines États clés pour y courtiser des délégués. Ted Cruz, lui, a créé une fondation afin de commencer à collecter des fonds pour sa prochaine campagne sénatoriale. Le mouvement lancé par Trump, ce mouvement qui a libéré la parole des nationalistes, racistes et autres protectionnistes, pourrait avoir fait des petits. Peut-être faudra-t-il se méfier d’un éventuel héritage du « Trumpisme ». La scission qu’est en train de vivre le Parti Républicain pourrait engendrer la naissance d’un nouveau Parti ou mouvement qui pourrait avoir déjà trouvé ses racines dans cette campagne 2016.

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