Timeliner





Les débats, véritable show à l’américaine

Marine Quideau 6 septembre 2016
Plateau débat CNN
06Sep
Après les Primaires et les Conventions nationales, voici venu un autre temps fort de la course à la Maison-Blanche, les débats présidentiels. C’est LA grand-messe télévisée.  Celle qui réunit des dizaines de millions d’Américains devant leur poste. Timeliner décrypte pour vous les dessous de cette tradition politique.

Petit rappel historique

Tout a commencé en 1858 lors d’une élection sénatoriale opposant Abraham Lincoln à Stephen Douglas. À l’époque, l’idée d’un débat entre les candidats n’existe pas. C’est un peu par hasard que la toute première confrontation entre deux prétendants à un siège eut lieu. Durant la phase de campagne, Lincoln ne peut s’empêcher de suivre son rival dans son périple à travers l’Illinois, tentant ainsi de convaincre le public réuni par Douglas de plutôt voter pour lui. Finalement, les deux candidats se retrouvent sur une scène commune et y débattent trois heures durant des enjeux de l’esclavage et des problèmes économiques.

Il faudra attendre 1948 pour qu’un véritable débat ne voie le jour entre deux adversaires électoraux. Cette année-là, la primaire républicaine de l’Oregon, qui oppose Thomas Dewey et Harold Sassen, est pour la première fois retransmise à la radio. Entre 40 et 80 millions d’auditeurs écouteront les deux rivaux débattre du communisme.

Mais la révolution a lieu en 1960. Kennedy vs. Nixon. Le tout premier débat télévisé. Le 26 septembre, apparaissent à l’écran un Nixon dégoulinant de sueur, en surpoids et visiblement malade, et un Kennedy fringant, au teint hâlé et au physique agréable. Richard Nixon venait de passer deux semaines hospitalisé des suites d’une infection. Kennedy, lui, avait fait campagne en Californie peu de temps avant. Pour les 66 millions de téléspectateurs, c’est JFK qui l’a emporté, tandis que pour les auditeurs à la radio, c’était Nixon, le vainqueur de ce débat. Quelques semaines plus tard, Kennedy s’installait dans le Bureau Ovale. L’image avait pris tout son sens.

Débat JFK-Nixon 1960

Lors des élections de 1964, 1968 et 1972, aucun débat présidentiel n’eut lieu. Cette pratique n’est pas inscrite dans la Constitution des États-Unis et reste donc une convention, à la discrétion des partis.

Des débats sous contrôle

En 1976, le débat entre les candidats réapparait, sous le contrôle de League of Women Voters (La Ligue des Femmes Électrices). Cette organisation civique fut l’un des acteurs majeurs dans le combat des femmes pour obtenir le droit de vote. En supervisant ainsi les débats présidentiels, la LWV souhaite reprendre le pouvoir organisationnel des mains des deux grands partis en imposant de nouvelles règles à l’exercice télévisé.

LWV 1970

Mais lors de l’élection de 1984, Démocrates et Républicains se mettent secrètement d’accord pour contourner l’autorité de la Ligue. Les deux partis ont signé un document commun, dont ils ont longtemps nié l’existence, qui stipulait par exemple qui serait autorisé à assister aux débats et qui aurait le droit d’y poser des questions. Ânes et éléphants reprenaient ainsi ce qu’ils estimaient être leur pré-carré.

Dès 1987, désespérant de voir le système bipartite changer, la Ligue des Femmes Électrices annonce qu’elle se retire de la supervision des débats, laissant la place libre à un nouvel organisme, la Commission sur les Débats Présidentiels (CPD) composée d’anciens membres des Comités nationaux démocrate et républicain. Les deux grands partis reprennent alors les rênes de tout le processus de débat présidentiel. En 2004, la création de la Commission de Débat des Citoyens (CDC), une organisation indépendante et non-partisane, a bien tenté de contrer la mainmise des partis. Sans succès.

Une tradition controversée

Démocrates et Républicains ont donc les quasi pleins pouvoirs sur les débats présidentiels. Depuis cette prise de contrôle par la CPD, seul un candidat indépendant fut autorisé à participer à l’exercice. C’était Ross Perot en 1992, alors crédité de 7% dans les sondages, opposé à Bill Clinton et George H.W Bush.

Débat 1992Après cet épisode unique, la Commission a remanié les règles de participation aux débats, exigeant désormais un seuil de 15% d’intentions de vote. Les taux devant émaner de 5 organismes de sondages nationaux sélectionnés par la Commission (pour cette élection 2016, les noms des organismes retenus devraient être dévoilés courant septembre). Ce qu’il faut lire entre les lignes, c’est donc qu’un troisième candidat crédité de plus de 15% d’intentions de vote par 20 organismes non mandatés n’aura donc pas le droit de participer aux débats…

Évidemment, les deux grands partis se défendent mutuellement en affirmant que le nombre de candidats à l’élection présidentielle pouvant être élevé, il était impensable et impossible d’organiser un débat avec l’ensemble des prétendants au trône. Notons que pour cette élection 2016, 28 personnes sont officiellement candidates dans au moins un Etat…Parmi elles, certaines plus fantaisistes que d’autres comme le chanteur Alice Cooper.

En septembre 2015, les partis libertarien (représenté par Gary Johsnon) et écologiste (porté par Jill Stein) ont annoncé poursuivre la Commission des Débats Présidentiels en justice en affirmant que la règle des 15% portait clairement atteinte au Premier Amendement.

Pour l’anecdote, le 23 octobre 2012, l’association Free Equal Election Foundation, militant pour le multipartisme, avait organisé un débat entre les quatre « plus grands des petits candidats », à savoir Jill Stein, Gary Johnson, Virgil Goode (Parti de la Constitution) et Rocky Anderson (Parti de la Justice). Tous les quatre étaient présents sur les listes d’au moins 20 États et avaient ainsi pu débattre publiquement de leurs idées.

Reste que seuls Hillary Clinton et Donald Trump se présenteront face aux Américains le 26 septembre prochain pour un premier débat.

Dans la catégorieWTF?
Marine Quideau
A propos de l'auteur Marine Quideau