Timeliner





Mike Pence : tremplin ou obstacle?

Aneline Mennella 1 août 2016
Mike Pence à la convention nationale de CLeveland - CREDIT PHOTO ABC/Ida Mae Astute
01Août

C'était le choix de la raison. En désignant Mike Pence comme colistier, Donald Trump a voulu rassurer le Parti Républicain. Ultra-conservateur-religieux-très-très-à-droite, ce n'est pas un jeune premier en politique et espère bien faire profiter de son expérience au milliardaire peroxydé.

Donald Trump et Mike Pence lors de la convention nationale - CREDIT PHOTO : ABC News/Ida Mae Astute

Coiffés au poteau les Chris Christie, Newt Gingrich et autres Michael Flynn ! Donald Trump a fait son choix et c’est sur le bien lisse, bien beau et bien poli Mike Pence qu’il s’est porté. Il faut dire que l’homme a de beaux atouts pour le candidat Républicain. Petit passage en revue.

Un CV long comme le bras

Ah ça, de l’expérience, il en a le Mike Pence. Représentant des États-Unis pendant 12 ans (2001-2013) pour l’Indiana, il devient président du groupe Républicain au Congrès en 2009 où il siège notamment à la commission des affaires étrangères (2003-2012). En 2013, c’est la consécration, il est élu gouverneur de l’Indiana, son État natal, qu’il n’a pour ainsi dire jamais quitté.

Bon, nous ne nous attarderons pas sur les deux camouflés électoraux qu’il s’est vu infliger en début de carrière alors qu’il briguait un siège au Congrès. Échec dont il s’est consolé en prenant les rênes d’une émission de radio locale. Sobrement baptisé « The Mike Pence Show », ce talk-show représente en réalité un véritable tournant pour l’animateur en herbe qui fait ainsi entendre sa voix dans tout l’Indiana pendant huit ans (1992-1999). L’occasion rêvée de se faire connaître du « grand » public et de roder son discours et ses idées politiques.

Des idées bien tranchées

Parlons en justement de ses idées ! Pour le moins extrêmes, elles ont toutefois le mérite d’exister, ce qui n’est pas forcément le cas pour son colistier. Selon ses propres termes, Mike Pence est « un chrétien, un conservateur et un républicain, dans cet ordre ». Proche du Tea Party, c’est un peu l’homme providentiel pour Le Donald qui peine à rassembler les conservateurs religieux derrière sa candidature.

Pence must go - CREDIT PHOTO : Steve BakerPas étonnant donc qu’il soit si strict sur les questions de société. Au hasard, l’avortement, c’est niet quelles que soient les circonstances, il n’y a pas de malformation fœtale, de viol ou d’inceste qui tienne. Le mariage gay? Dans la mesure où l’homosexualité est un choix dixit Herr Mike, empêcher l’union homosexuelle ne relève pas de la discrimination ; il s’agit simplement d’appliquer les préceptes de Dieu. Et pas question pour eux d’intégrer l’armée ! Sans surprise, il prône l’abstinence et estime que « les préservatifs sont une très, très mauvaise protection contre les IST » (sic, ce qui est très, très faux).

Côté armes à feu, le financement de ses campagnes par la NRA, le lobby américain pro-armes, en dit long sur ses convictions. En revanche, le réchauffement climatique, lui, ne l’a pas convaincu. Quant à la théorie de l’évolution « je suis de l’avis que Dieu a créé le ciel, la terre, les mers et tout ce qu’ils contiennent » a-t-il déclaré à  en 2009.

Un carnet d’adresses richement garni

Mike Pence - CREDIT PHOTO : House GOPQui dit expérience dit carnet d’adresses. Or, en politique comme ailleurs, il est essentiel, surtout lorsqu’il s’agit de financer une campagne. Ça tombe bien, Mike Pence est spécialiste en la matière. Il faut dire qu’une dizaine d’années passées au Congrès, ça en fait du contact et du 06.

En outre, le gouverneur de l’Indiana a largement eu le temps de tisser des liens avec le réseau des donateurs républicains, constitué de nombreux millionnaires. En tête de ces richissimes mécènes : les milliardaires frères Koch, proches de Mike Pence… mais pas vraiment fans de Donald Trump. Aux dernières nouvelles, ils auraient d’ailleurs finalement renoncé à s’impliquer dans cette campagne. Deux de perdus…

Objectif : consensus

Quoi qu’il en soit, maintenant, les jeux sont faits et il est temps de faire front commun pour remporter cette élection. Et c’est là où le bât blesse. Car si les deux hommes semblent s’accorder sur certains points, ce n’est pas le cas de tous. A commencer par l’immigration. Quand Trump avait appelé à bloquer l’entrée des Etats-Unis aux musulmans, Pence lui avait reproché via Twitter d’être « offensant et anticonstitutionnel ».

Par ailleurs, bien que pro-armes à feu, le mania de l’immobilier a émis la possibilité d’en restreindre l’accès aux personnes soupçonnées de terrorisme. Autre point d’achoppement, l’accord de partenariat transpacifique soutenu par Pence et auquel Trump est fermement opposé.

Et puis il y a les casseroles. Comme cette fois, en 2011, où Mike Pence a félicité et remercié Hillary Clinton, alors Secrétaire d’État, pour sa gestion de la situation en Libye. Un sentiment aux antipodes de celui de Donald Trump pour qui « son invasion de la Libye a mis le pays entre les mains de Daech ».

Et rappelons enfin que pendant cette campagne aux primaires, Pence avait soutenu Ted Cruz jusqu’à son retrait de la course (après sa défaite dans l’Indiana). A l’époque, il avait toutefois tenté de sauver les meubles en précisant « je ne suis contre personne ». Et bien maintenant, il va falloir être pour ! Nul doute qu’il y aura des couleuvres au menu des prochains repas républicains.

Dans la catégorieLES NEWS
Aneline Mennella
A propos de l'auteur Aneline Mennella