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Qui sont ces pro-Sanders qui préféreraient voter pour Trump ?

Aneline Mennella 1 juin 2016
Ces pro-Sanders qui pourraient voter Trump - UNE
01Juin

Ils ne sont plus que trois en lice pour succéder à Barack Obama. Si tout reste encore possible, Donald Trump et Hillary Clinton apparaissent malgré tout comme les deux finalistes. Face à ce constat, les pro-Sanders les plus zélés semblent avoir pris leur décision : ils voteront pour le milliardaire ! Esbroufe ou réelle intention de vote ? Timeliner a interrogé ses experts.

20% des supporters de Bernie Sanders se disent prêts à voter pour Donald Trump si Hillary Clinton remportait l’investiture démocrate. C’est ce que révèle un récent sondage signé ABC News/Washington Post. Même constat du côté du Guardian : sur près de 700 pro-Sanders interrogés, 500 envisagent de soutenir le mania de l’immobilier plutôt que l’ancienne Secrétaire d’État. Que se cache-t-il derrière ce NeverHillary poussé à l’extrême ? Décryptage avec Alix Meyer, maître de conférences en civilisation américaine à l’Université Bourgogne Franche-Comté et Farah Belaggoune, enseignante-chercheuse en civilisation américaine à l’Université Paris IV-Sorbonne.

Faut-il prendre au sérieux cette mouvance « pro-Trump » d’une partie des électeurs de Bernie Sanders ?

Alix MEYERAlix Meyer : C’est un mouvement qui reste relativement marginal selon les sondages. À ce moment là de la primaire, il est commun de voir les soutiens du candidat en passe de perdre l’investiture envahis par l’amertume et la rancœur. Une fois la campagne des primaires terminée, Bernie Sanders se ralliera à Hillary Clinton et devra convaincre la plupart d’entre eux de faire de même. Dans un contexte de polarisation partisane où les deux partis sont de plus en plus éloignés idéologiquement l’un de l’autre, le fossé qui séparera le candidat du Parti démocrate et celui du Parti républicain amènera naturellement l’écrasante majorité des électeurs de Sanders dans le giron d’Hillary Clinton.

Farah BELAGGOUNE

Farah Belaggoune : Le NeverHillary est à la fois sectaire, ridicule et très minoritaire au sein des soutiens de Bernie Sanders. Chaque présidentielle, voire chaque primaire, donne lieu à ce genre d’excès : c’est loin d’être nouveau et ce n’est jamais sérieux. Il y a toujours eu des mouvements « Anybody but… », à chaque élection, le Anybody but Bush étant celui qui avait eu le plus d’écho dans les deux camps, et même outre-Atlantique. Mais cela ne passe jamais le stade des primaires.

Dans quelle mesure les partisans de Sanders peuvent-ils se reconnaître dans les idées défendues par Donald Trump ?

A.M. : Le manque de précisions voire de plausibilité quant au contenu du « programme » de Trump fait qu’il semble difficile de parler d’un ralliement à ses « idées ». Il semble que la rhétorique de Trump qui évoque le nationalisme économique centré sur le protectionnisme et la défense des intérêts des ouvriers américains (plutôt blancs) trouve un écho favorable chez certains. Sa défiance envers les élites et Wall Street doit également plaire à une partie de l’électorat de Sanders. Au-delà de cela, le discours iconoclaste extrêmement critique envers le statu quo peut être attirant pour ceux qui appellent à une révolution politique du sénateur du Vermont.

Pour contrecarrer cette tendance, certains pro-Sanders commencent à soutenir l’ancienne Secrétaire d’État…

F.B. : Plusieurs intellectuels ou militants qui soutenaient Sanders commencent plutôt à se rallier à Hillary car ils voient en Trump une menace beaucoup plus sérieuse pour le pays. Même Noam Chomsky, pourtant souvent décrié pour ses déclarations jugées anti-patriotiques et irresponsables, a annoncé dans une récente interview qu’il voterait pour Hillary Clinton plutôt que pour Donald Trump, même si c’est « en se bouchant le nez », et même s’il considère qu’aucun des deux choix ne serait « rationnel ». La question du NeverHillary se poserait peut-être plus sérieusement si Bernie Sanders décidait finalement de sortir de la campagne démocrate et de redevenir un candidat indépendant.

Justement, Bernie Sanders doit-il se déclarer candidat indépendant ou bien, comme il l’a dit lors d’un meeting en Californie, « rester en course jusqu’au dernier bulletin de vote » ?

A.M. : Bernie Sanders ne fera pas de candidature indépendante. Il est beaucoup trop tard pour se faire inscrire sur les bulletins dans la plupart des États et cela serait complètement vain dans tous les cas au vu du fonctionnement du scrutin présidentiel. Comme il l’a lui-même annoncé, il va utiliser le succès de sa campagne pour infléchir le programme du Parti démocrate qui sera adopté lors de la convention de Philadelphie.

On l’a compris, tous les pro-Sanders ne courent pas pour l’écurie Trump, loin de là. Cependant, nombre d’entre eux nourrissent une vraie animosité à l’encontre d’Hillary Clinton. A tel point d’ailleurs qu’une pétition en ligne a vu le jour demandant à ses signataires de s’engager à ne voter sous aucun prétexte pour la candidate démocrate. À ce jour, elle a recueilli plus de 84 500 signatures.

Photo de Une, crédit : Gage Skidmore (H.Clinton et B.Sanders) et Michael Vadon (D.Trump).
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