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Gary Johnson : le petit dernier qui pourrait devenir grand

Aneline Mennella 1 juin 2016
Gary Johnson - CREDIT PHOTO : Gage Skidmore
01Juin

Le Parti Libertarien vient de faire son entrée dans la course à la Maison-Blanche. L'homme qui l'incarne s'appelle Gary Johnson, un self-made man de 63 ans, ancien gouverneur républicain du Nouveau-Mexique et candidat malheureux à la présidentielle de 2012. Son credo : proposer une alternative au sempiternel bipartisme.

Jeans, baskets et col de chemise ouvert, Gary Johnson affiche une allure décontractée et souriante.   « Je suis le candidat tout en un, a-t-il confié à l’AFP. Je suis à gauche de Hillary sur les questions de société, et je suis plus conservateur que Ted Cruz sur les questions économiques. Je représente le meilleur des deux mondes ». Deux mondes secoués par une défiance et une impopularité croissante et dont Johnson aimerait bien récolter les fruits. « La plupart des citoyens de ce pays sont libertariens. C’est juste qu’ils ne le savent pas, a-t-il déclaré dans une interview. Fiscalement conservateur, socialement libéral, je pense que la plupart des gens tombent dans cette catégorie. »

Self-made man

Gary Johnson aime se présenter comme un « Handyman ». Un homme à tout faire, un bricoleur qui a gravi les échelons de la société à la sueur de son front. C’est d’ailleurs le titre que porte sa vidéo de campagne. En 1976, il lance ainsi son entreprise de construction Big J Enterprises dont il est l’unique salarié. Vingt-trois ans plus tard, lorsque Johnson revend Big J, l’entreprise compte un millier de salariés ainsi qu’un bénéfice de plusieurs millions de dollars.

Entre-temps, l’homme se lance dans la politique. Il est élu gouverneur du Nouveau Mexique en 1995 et réélu quatre ans plus tard. Bien que membre du Parti Républicain, il adopte un modus operandi dans la droite ligne de l’idéologie libertarienne. Favorable à une législation minimale, il pose son veto sur plus de lois que l’ensemble de ses quarante-neuf homologues réunis. Une attitude qui lui a d’ailleurs valu les surnoms de « Veto Johnson » et « Governor Veto ». Au cours de ses deux mandats, Gary Johnson diminue les impôts à quatorze reprises, réduit le déficit public et le Nouveau-Mexique se retrouve même en excédent budgétaire.

« Fiscalement conservateur et socialement…cool ! »

C’est ce bilan que Gary Johnson compte mettre en avant durant sa campagne. Sa vidéo est d’ailleurs très éloquente à ce sujet : un « self-made » man « discipliné », « honnête », « fiscalement conservateur et socialement…cool ! ». Tout un programme ! Ces arguments n’avaient pourtant pas fait mouche lors de sa première candidature à la Maison-Blanche en 2012. Si le candidat du Parti Libertarien avait alors offert à son parti son meilleur score depuis 1980, ledit score, lui, n’était pas brillant : 0,99% des voix !

Gary Johnson - CREDIT PHOTO : Gage SkidmoreQu’à cela ne tienne, Gary Johnson est aujourd’hui plus déterminé que jamais à mener campagne  pour faire connaître ses idées et son programme : réduire les impôts en créant une grande taxe sur la consommation, diminuer l’influence du gouvernement fédéral, simplifier l’obtention de visas de travail pour les immigrés, reconnaître le droit à l’avortement, au mariage gay, au port d’arme et l’usage du cannabis.

Pour l’épauler dans sa tâche, Gary Johnson dispose d’un atout de taille en la personne de William Weld, son colistier et candidat à la vice-présidence. Ancien gouverneur du Massachusetts, il représente l’aile modérée des Républicains. Son principal avantage réside dans sa capacité à lever des fonds, une compétence dont il a fait la preuve lors de la présidentielle de 2007 en collectant plusieurs dizaines de milliers de dollars pour le candidat Mitt Romney.

La loi des 15% : le serpent qui se mord la queue

De l’argent, il en faudra à Gary Johnson pour continuer la course. Avec seulement 348.000 dollars en poche, il est grand temps que William Weld se mette au travail. On est loin des 204 millions levés par Hillary Clinton. L’objectif ici est de gagner en visibilité et en notoriété afin d’atteindre au moins 15% d’intentions de vote dans les sondages.

Ce chiffre, fixé par la Commission sur les Débats Présidentiels, est la condition sine qua none pour être invité aux grands débats télévisés qui précèdent l’élection générale. Une contrainte qui ne laisse que très peu de chance aux candidats indépendants et qui renforce d’autant plus le bipartisme. Car rappelons que cette commission a été créée conjointement par le Parti Républicain et le Parti Démocrate qui la dirigent toujours.


Gary Johnson, le 3e candidat à la Maison Blanche par LePoint

Seulement voilà, rares sont les études d’opinion à intégrer Gary Johnson. Jusqu’à maintenant seuls trois sondages nationaux l’ont inclus dans une potentielle triangulaire face à Trump et Clinton. Celles de Fox News et de Morning Consult lui attribuaient 10% d’intentions de vote mi-mai, tandis que celle de l’Université de Monmouth le créditait de 11% en mars. « C’est l’histoire de la poule et de l’œuf, a déclaré Gary Johnson. Si j’étais présent plus régulièrement dans les sondages, je serais au moins à 20% des intentions de vote. »

En attendant, Gary Johnson a d’ores et déjà porté plainte (pour la 2ème fois) contre la Commission sur les Débats Présidentiels pour violation de la loi fédérale antitrust. Il faut dire que le dernier débat présidentiel tripartite remonte à 1992 quand Ross Perot s’était présenté en indépendant.

Photo de Une, crédit : Gage Skidmore
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