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Donald Trump attire aussi le vote hispanique

Marine Quideau 1 juin 2016
Crédit Robin Abcarian-LA Times
01Juin

Ca y est, Donald Trump est officiellement le candidat du Parti Républicain dans la course à la Maison-Blanche. Fait surprenant, de récents sondages annoncent que le milliardaire pourrait compter sur 25 voire 30% d’intentions de vote parmi la communauté latino. Comment celui qui a traité les Mexicains de trafiquants de drogues et de violeurs peut-il galvaniser cette communauté ?

Construire un mur entre les États-Unis et le Mexique, aux frais des contribuables mexicains, est l’une des idées-phares de Donald Trump. On aurait pu croire que cela lui attirerait les foudres des électeurs d’origine latino installés au pays de l’Oncle Sam. Et bien pas tant que ça.

Un vote pourtant acquis aux Démocrates

Si le vote latino est en effet plutôt acquis à la cause démocrate, de récents sondages indiquent qu’une partie non négligeable des immigrés hispaniques envisageait de voter pour The Donald. Le sondage mené par NBC News/WSJ avance le chiffre de 20%, quand l’enquête Fox News Latino, elle, monte jusqu’à 23%. Rien de nouveau toutefois pour le Parti Républicain : en 2004, George W.Bush avait déjà rallié près de 44% du vote hispanique et, en 2012, Mitt Romney en avait attiré près de 25%. Les experts annoncent que Donald Trump pourrait faire mieux, aux alentours de 30%…

Pourtant, comme le rappelle le Huffington Post, Trump a tenu des propos racistes envers les latinos à de nombreuses reprises…et cela a commencé très tôt, lors du discours qu’il a prononcé pour annoncer sa candidature en juillet 2015. Il avait alors traité les Mexicains de « violeurs » (une critique qu’il a ensuite étendue à toute l’Amérique latine) et de « tueurs, envoyés intentionnellement par le gouvernement mexicain aux États-Unis »… Peu après, il s’en était violemment pris à son rival Jeb Bush, marié à une Mexicaine, en twittant que « Bush était forcé d’aimer les immigrants à cause de sa femme ». Délicat. Et vite supprimé par The Donald.

 

Trump fascine malgré tout

Alors comment une population tant critiquée par le candidat peut-elle se retrouver dans ses idées ? Et bien, il y a de nombreuses raisons à cela. Tout d’abord, il s’agit d’une question de génération. En effet, la première génération d’immigrés, qui a travaillé dur pour obtenir la nationalité américaine, estime qu’il faut réguler le flux migratoire en provenance d’Amérique latine. Eux ont gagné le droit de vivre aux États-Unis à la sueur de leur front et ne veulent pas voir les clandestins prendre leur job. Juan Palomino, Cubano-Américain interviewé par le site www.lactualite.com, l’explique clairement : « J’ai émigré ici en 1967 mais je suis venu légalement. Je me suis battu pour ce pays, dans l’armée. Si tu es Mexicain et que tu veux venir ici, pas de problème, mais tu dois le faire légalement ».

Juan Palomino - crédit Jonathan TrudelAutre raison avancée : cette espèce de fascination pour Trump. Celui qu’ils voudraient être. Celui qui possède ce qui les fait rêver. Un avion, des hôtels, des casinos, des comptes en banque qui explosent. C’est ce qu’on appelle l’« aspirational marketing », la capacité à se servir de ce que l’on inspire. Et Trump manie cet outil avec brio. Preuve en est, Trump ne rallie pas les votes de ceux qui « sont comme lui », ceux qui possèdent, qui sont hautement éduqués. Mais il s’attire les votes de ceux qui « veulent être lui ».

Un discours populiste qui fonctionne

Enfin, Donald Trump a su recourir à un langage économique populiste qui parle à ces Américains originaires de pays dont ils ont fui la misère. « Make America Great Again » résonne dans leurs têtes comme la promesse d’un monde meilleur, un monde de l’emploi où l’on considère la classe ouvrière à sa juste valeur…« Le principal problème de ce pays, c’est la faiblesse de son économie, souligne Juan Palomino. Et Trump peut nous sauver, nous donner du boulot ».

Bien sûr, plus le scrutin de novembre approche et plus Donald Trump va adoucir son discours sur les minorités, espérant ainsi glaner un maximum de voix. On l’a notamment vu s’adresser à la National Hispanic Christian Leadership Conference le 20 mai dernier. Il y a déclaré vouloir « résoudre le problème de l’emploi des minorités, créer de bonnes écoles » ou encore « réduire les impôts pour les classes moyennes ». C’était la première fois que Trump s’adressait directement à la communauté hispanique. Sans compter son fameux tweet du Cinco de Mayo qui n’est pas sans rappeler notre Nadine Morano nationale qui, pour se défendre de tout racisme, avait déclaré « adorer le couscous et les bricks à l’œuf »…

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