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Le GOP est-il mort ?

Aneline Mennella 3 mai 2016
R.I.P. GOP - CREDIT : La Naine Masquée
03Mai

#RIPGOP. Ce hashtag se multiplie sur les réseaux sociaux et même dans la presse. Est-ce à dire que le Grand Old Party vit ses derniers instants ? Nombre de spécialistes l'affirment et si l'agonie semble durer depuis plusieurs années déjà, c'est Donald Trump qui, selon eux, aurait donné aux Républicains le coup de grâce.

C’est à une véritable foire d’empoigne que l’on assiste chez les Républicains. En témoigne le dernier coup d’éclat de Ted Cruz et John Kasich qui, en dépit de leurs forts désaccords politiques, ont décidé de s’allier pour faire barrage à Donald Trump. Une sorte de pacte de non-agression doublé de l’annonce très anticipée par Cruz de sa future colistière en cas de victoire : l’ancienne candidate Carly Fiorina. Comment en est-on arrivé là ?

Un paysage électoral (trop) fragmenté

Party's Over - CREDIT PHOTO : EN2008Rappelons que depuis 2008, une sorte de scission se dessine au sein des Républicains avec d’un côté les modérés et de l’autre une frange plus radicalisée qui tire le parti vers la droite. Difficile alors pour les candidats de rassembler tout ce beau monde sous un même programme, à moins d’opérer un grand écart aussi périlleux que suicidaire. Un exercice dont Mitt Romney a d’ailleurs fait les frais en 2012. Suite à cet échec cuisant, le GOP avait alors publié le Growth & Opportunity Project, surnommé le « rapport d’autopsie de 2012 », et qui visait à tirer les leçons de cette défaite en soulignant la nécessité d’élargir sa base électorale aux jeunes et aux minorités.

Visiblement, les candidats ont oublié de lire ce rapport en 2016… à moins que les dissensions ne soient dorénavant trop fortes. C’est du moins ce que l’on peut constater puisqu’avec 15 candidats dès le départ, le parti a pris le risque d’éparpiller ses voix au même titre que son message politique. « Il n’est pas impossible que l’on soit à un tournant chez les Républicains » a confié à Timeliner Luc Benoît a la Guillaume, professeur à l’université de Rouen et spécialisé dans l’analyse du discours politique américain. « La synthèse idéologique reaganienne, qui combinait l’ultralibéralisme économique et une forme de populisme conservateur sur les questions sociales et sociétales, est peut-être en train d’éclater sous nos yeux. »

Le GOP : une coquille vide

Est-ce à dire que les Éléphants se sont tirés une balle dans le pied ? Pire que ça, rétorque le Démocrate Robert Reich, professeur de politique publique à l’université de Berkeley, dans un édito largement relayé dans la presse : « Je vous écris aujourd’hui pour vous annoncer la mort du Parti Républicain. Il est mort en 2016. RIP. Il a été remplacé par des clans en guerre les uns avec les autres (…) Chacun de ces clans a sa propre organisation politique, son propre financement de campagne, sa propre idéologie – et son propre candidat. Ce qui reste est une coquille sans vie appelée Parti Républicain. Mais le GOP dans la coquille n’existe plus.(…) Et c’est un énorme problème pour nous tous. »

R.I.P. Republicans - CREDIT PHOTO: thekirbsteMême son de cloche du côté de John Zogby, sondeur aguerri et reconnu, passionné d’Histoire et de sciences politiques. Dans les colonnes du magazine Forbes, il affirme ainsi que le Parti Républicain a succombé le 15 mars 2016 à cause de ses « dissensions internes désespérées » et de l’échec de ses candidats à « s’accorder autour d’un thème fédérateur ». Selon lui, le GOP « a arrêté de respirer » à cause de son « incapacité à s’adapter à l’évolution démographique et culturelle de l’Amérique », une situation qui s’est retournée contre le Parti. Il dénonce également « une vision globale qui n’a pas tenu compte des nouvelles réalités mondiales ». Et il ajoute : « cependant, ce sont les victoires constantes et l’accumulation de délégués du magnat de l’immobilier et star de télé-réalité Donald trump qui ont accéléré la mort du Parti. »

« Nous sommes cuits en tant que parti »

Beaucoup d’observateurs et de spécialistes perçoivent donc comme un relent de sapin émanant du Parti Républicain. Jusqu’au président du Comité National Républicain, Reince Priebus, qui, dès octobre 2015, déclarait au Washington Examiner : « Je pense vraiment que nous sommes cuits en tant que parti et pour un certain temps si nous ne gagnons pas en 2016 ». Car rappelons qu’il s’agirait alors d’une troisième défaite consécutive pour le GOP.

Pour autant, Luc Benoît a la Guillaume n’est pas alarmiste : « Même en cas de défaite en novembre prochain, le Parti Républicain contrôlera probablement la Chambre des Représentants et une majorité des États de l’Union, si bien qu’une remise en cause fondamentale de son idéologie est peu probable à très court terme, nous a-t-il confié. Souvenons-nous qu’il a fallu cinq défaites consécutives à l’élection présidentielle en 1932, 36, 40, 44 et 48 pour que le Parti Républicain accepte le New Deal et se recentre. »

GOP - CREDIT PHOTO : Bob PaganiLe Grand Old Party parviendra-t-il à se relever cette fois encore ? Une chose est sûre, quelle que soit l’issue de ces primaires et de l’élection présidentielle, il devra faire face à un électorat divisé et dont la colère de certains aura été aiguisée par le discours haineux et séditieux de Donald Trump. Optera-t-il pour une introspection et une refondation ou bien sera-t-il victime de l’implosion ? L’Histoire le dira, mais ce que nous révèlent d’ores et déjà ces campagnes c’est l’état de déliquescence du corps politique américain dans son ensemble. « Un corps politique à bout de souffle » selon le spécialiste de l’histoire politique des États-Unis Vincent Michelot et qui ne fait l’unanimité auprès des électeurs qu’en matière de défiance et de scepticisme.

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