Timeliner





Ira, 54 ans, gone new-yorkais

Marine Quideau 18 mai 2016
photo-ira-new
18Mai

Il voulait être joueur de base-ball. Sa mère, elle, le voyait médecin. Ira est aujourd’hui Directeur de Recherche en sciences cognitives au CNRS de Lyon. « Born and raised in Queens, New York », comme il est fier de nous le raconter, il a passé plus de la moitié de sa vie en France mais garde un œil vigilant sur la politique américaine.

Ira a grandi dans une famille juive où la tradition et le conservatisme permettaient de survivre à un lourd passé. Conscient de l’importance de ces valeurs, Ira se sent malgré tout un peu à l’étroit dans une pensée religieuse. « J’avais envie de poser des tas de questions sur l’évolution, sur l’absurdité de la vie religieuse mais je sentais le poids du conformisme empêcher toute forme de discussion et de réflexion » explique-t-il. Et si les années lycée n’ont pas eu l’effet escompté, Ira découvre ensuite l’Université. « Là, j’ai réalisé que ce que je voulais faire était juste devant mes yeux. Je voulais devenir professeur ». Le jeune homme a soif d’apprendre, de lire, d’écrire, de comprendre le monde qui l’entoure. Il s’oriente alors vers la psychologie car selon lui, « pour comprendre le monde, il faut comprendre les hommes ».

Baudelaire, direction la France !

A 25 ans, son Master en poche, Ira prend une année sabbatique et s’envole pour Paris, la ville qui le faisait rêver à travers le cinéma et la littérature. C’est le coup de foudre entre celui qu’on appelle pourtant « l’Amerloque » et la capitale française. Pendant un an, Ira va apprendre le français, développer son réseau et profiter de la vie parisienne. De retour aux États-Unis, il poursuit ses études par un doctorat. L’année suivante, en 1993, Paris l’accueille à nouveau pour un post-doctorat. Après ce second passage parisien, Ira retrouve le continent nord-américain et pense alors en avoir fini avec la France. Mais deux ans plus tard, on lui propose un autre « post-doc » dans la ville-lumière, offre qu’il accepte sans hésiter. Il fait donc ses valises pour la France, en n’oubliant pas son chat, le bien-nommé Baudelaire. Puis, en 1997, c’est l’Université de Grenoble qui lui propose un poste. Enfin, après deux ans passés sur les hauteurs iséroises, c’est le « dream job, celui que je n’aurais jamais imaginé » confie Ira, désormais Directeur de Recherche en sciences cognitives au CNRS de Lyon.

Une conscience politique tardive

Ira n’a pas grandi dans un environnement très politisé. « Je dirais que j’ai grandi dans un milieu en pleine évolution, de la gauche vers le centre-droit, explique-t-il avant de nous confier, un peu honteux : « À 18 ans, j’ai voté pour la première fois et c’était pour Ronald Reagan. Je le regrette car à cette époque, je pensais comme tout le monde qu’il ne fallait pas voter Carter. Et pourtant, Jimmy Carter a fait de bonnes choses par la suite, lorsqu’il fut Président mais également après son mandat ». De cette erreur de jeunesse Ira a tiré une leçon : « Je n’ai plus jamais voté à droite ! ».

S’il n’est pas un militant acharné, Ira est en tout cas un citoyen engagé. Lorsqu’il était étudiant, il a parcouru le pays, de Seattle à Washington D.C en vélo, pour lever des fonds contre l’armement nucléaire. Et depuis la France, il suit les élections de son pays natal d’un œil méfiant.

« Le Parti Républicain s’effondre »

« Le succès de Trump est effrayant mais cela n’a rien d’une surprise, confie-t-il. Il a simplement su s’adresser à l’aile droite des Républicains. Jusque-là, l’establishment du Parti (plutôt préoccupé par ses électeurs les plus favorisés financièrement) considérait ces sympathisants comme de simples amateurs d’armes à feu à qui l’on promettait le maintien de ce droit constitutionnel ou encore l’interdiction de l’avortement  ». Trump a su leur parler et les faire voter. Il y a désormais deux franges d’un même parti qui s’affrontent pour récupérer la Maison-Blanche. Et pour Ira, c’est exactement ce qui « est en train de provoquer la chute du Parti ».

Les Démocrates, eux, sont plus unis malgré leurs différences. « Certes, il y a Hillary, la candidate de l’establishment démocrate, nous dit Ira, mais Bernie Sanders a ouvert la voie. Je suis de tout cœur pour ce candidat qui, même si cela fait un peu cliché, veut rendre le gouvernement au peuple ». Et s’il a conscience que la bataille est sûrement perdue pour Sanders, Ira est convaincu que « ses idées progressistes pousseront Hillary à prendre des positions plus à gauche et à poursuivre le travail d’Obama, un Président qui aurait pu être parfait s’il avait été plus dur avec Wall Street et plus social encore » conclut-il.

Dans la catégorieBREAKFAST AT...
Marine Quideau
A propos de l'auteur Marine Quideau