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Daniel, 34 ans, optimiste avisé

Aneline Mennella 24 mai 2016
Daniel, 34 ans, optimiste avisé
24Mai

Il est à San Diego comme un poisson dans l'eau ! Professionnellement épanoui, sentimentalement et socialement comblé, Daniel vit en quelque sorte le rêve américain depuis sept ans. Grand optimiste devant l’éternel il n'en demeure pas moins réaliste voire critique vis-à-vis de ces élections et de la relation des Américains avec la politique.

C’est l’heure du petit déjeuner à San Diego, celle de l’apéro en France. Casque sur les oreilles et café à la main, Daniel est tout sourire derrière son écran. Nous sommes samedi et dans une heure notre Français a un cours de Portugais. « Nous partons au Brésil cet été, s’enthousiasme-t-il. Je me suis dit que ça pourrait être bien de pouvoir parler avec les gens ». Une remarque assez révélatrice du personnage : un homme chaleureux et ouvert à l’échange.

La positive attitude

Or, la communication avec les Américains a parfois ses limites, notamment lorsqu’il s’agit de politique. « J’ai perçu un vrai malaise, un inconfort à parler politique, confit-il. J’ai déjà essayé, même avec des proches, mais c’est très très dur. Ils rechignent à donner leur opinion, préfèrent rester neutre et changent vite de sujet. » Pour Daniel, cette réticence est peut-être culturelle ou bien est-ce la peur du conflit. Il faut dire qu’aux États-Unis il est de bon ton de ne pas trop faire de vagues. « Les Américains veulent impérativement garder une apparence positive, constate-t-il. Pas question pour eux de heurter les gens. Ils vont tout faire pour éviter un potentiel conflit, aussi minime soit-il. Ils me reprochent d’ailleurs souvent d’être trop dans la confrontation ! sourit-il. Le revers de la médaille c’est qu’ils ne viendront jamais essayer de régler un problème directement avec toi, ils passeront par la hiérarchie : le patron au boulot ou la police au quotidien. »

Des débats aux allures de combats de boxe

Bernie 2016 - CREDIT PHOTO : Daniel de Magalhaes Filho Feel the Bern - CREDIT PHOTO : Daniel de Magalhaes FilhoDéfiant la loi du silence, Daniel l’affirme haut et fort, s’il pouvait voter, ce serait pour Bernie Sanders. « Quand on vient de France, avec notre super système de santé, notre éducation quasi gratuite, et toutes les aides sociales dont on dispose, je me demande comment ne pas être pour le camp démocrate » affirme-t-il. Et à propos du Sénateur du Vermont, notre Frenchy a observé un phénomène surprenant à San Diego : alors que la ville est plutôt républicaine, il ne compte plus les stickers estampillés « Feel the Bern ! » ou « Bernie 2016 ».

Portrait Bernie Sanders - CREDIT PHOTO : Daniel de Magalhaes FilhoAutre constat : la couverture médiatique phénoménale de ces primaires. « Tout est orchestré et mis en scène : entrée des candidats sur le plateau comme des rock stars, projecteurs, flash, audience en délire… diamétralement opposé aux débats français ! explique-t-il. On a plus l’impression qu’on se prépare au combat de boxe Mayweather – Pacquiao à Las Vegas qu’à un débat politique sur l’avenir d’un pays. » Tant et si bien d’ailleurs que la première fois qu’il a vu un débat, Daniel a cru à un canular ! Il voit cependant un avantage à ce « tourbillon médiatique » : beaucoup de citoyens désintéressés par la politique pourraient bien, de fait, écouter les idées des candidats et aller voter !

San Diego : j’y suis j’y reste

Aujourd’hui, Daniel se sent bien à San Diego avec sa fiancée américaine. Le soleil, l’océan, le surf, son équipe de foot, son club de tennis de table… il s’éclate ! Et puis il y a aussi le travail. Chercheur dans un laboratoire leader dans la thématique du vieillissement et des maladies neurodégénératives, il bénéficie d’un confort de travail incomparable. « De manière générale, ici, on a l’impression de rouler sur l’or comparé à la France ! admet-il. Quand beaucoup d’équipes de recherche françaises tournent avec un budget annuel de 50.000 euros, ici on peut facilement le multiplier par dix voire vingt. L’État américain donne plus ! Il n’est pas non plus rare que des millionnaires arrosent notre institut à coups de millions de dollars. » Des dons philanthropiques ou intéressés qui ont pour conséquence d’améliorer la qualité des expériences menées par les chercheurs. Bref, autant de raisons qui le retiennent à San Diego.

Le retour dans sa Picardie natale n’est donc pas d’actualité pour Daniel, même si « c’est toujours un plaisir de rentrer voir ma famille et mes amis ! » Et puis après tout, « même si 10.000 km me séparent du vieux continent, il suffit de prendre l’avion : 11h plus tard t’es en France, ce n’est pas si long ! ». Ce doit être ça le positivisme américain !

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