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Sean, 27 ans, euro-américain

Marine Quideau 5 avril 2016
breakfast-at-ireland
05Avr

L’histoire de Sean, c’est l’histoire d’un Américain fier d’être européen. Ou l’inverse, on pourrait s’y méprendre. Immigrés aux États-Unis dans les années 1980, les parents de Sean ont finalement préféré se rapprocher de leur famille et profiter du boom économique du « Tigre Celtique », emmenant avec eux leurs deux fils nés et élevés sur les terres de l’Oncle Sam. Sean a alors 12 ans lorsqu’il quitte Lyndhurst et son New Jersey natal. Direction l’Irlande, retour au pays.

Sean grandit au sein d’une famille démocrate, dans laquelle les valeurs se transmettent dans le respect et la pédagogie. L’adolescent se cultive, il écrit des poèmes, lit Shakespeare et Poe, des auteurs que lui a fait découvrir John, son ami d’enfance, celui qu’on idéalise et qu’on voudrait impressionner. Sean dévore aussi des séries animées japonaises, quand il n’enchaîne pas les longueurs en piscine.

« Mes parents nous ont appris à distinguer le bien du mal mais ils nous ont laissé faire nos propres choix, notamment politiques » confie-t-il. Et ses propres choix, il a dû les faire car, il le dit lui-même, « j’étais un Américain vivant en Europe et lorsque j’entendais des critiques sur la politique des États-Unis, je me sentais obligé de justifier les actions de mon pays ».

Être un Américain en Europe, ça devient difficile

Aujourd’hui, Sean a 27 ans, il est ingénieur informatique et vit toujours en Irlande, à Galway, sur la côte ouest. Et être un Américain en Europe en ce moment, « ça commence à être difficile » lance-t-il. « Je sens que les Européens ont de plus en plus de dégoût envers l’Amérique, aussi bien à cause de l’attitude des Démocrates que celle de Trump » nous raconte Sean. Pour lui, son pays est en train de changer. Le peuple se sent abusé par les administrations qui se succèdent car « le monde est trop divisé et désormais, chaque décision politique engendre des réactions extrêmes ».

Sean votera Démocrate cette année, bien sûr. « Je voterai Bernie ou Hillary car je dois voter pour le candidat qui représentera le mieux cette Amérique dans laquelle je pourrais vivre, celle dont je me sentirais proche » explique-t-il. Il ajoute que, selon lui, un bon Président, c’est « un Président qui sait prendre le meilleur des deux partis sur des sujets aussi importants que les droits des femmes, l’immigration ou la réforme fiscale. Nous avons besoin d’un Président progressiste qui rende le pays meilleur pour chacun d’entre nous. Et quelqu’un qui puisse faire face aux puissants de ce monde ».

Peur et frustration, les maîtres-mots de Trump

De son côté de l’Atlantique, il imagine deux scénarii. « Si Sanders l’emporte et qu’il ne tient pas ses promesses, la jeunesse américaine se sentira trahie et perdra tout espoir en la politique. Si Trump devient Président, et bien, cela prouvera au monde entier que la politique, ce n’est rien d’autre que du marketing et la faculté à jouer sur les peurs et les frustrations des gens ». Et cette Amérique que préparent Trump et les siens, elle ne repose que sur ces émotions. « Peur et frustration », insiste-t-il, « une Amérique dans laquelle je ne me sentirais pas le bienvenu, même si je suis un citoyen américain ».

Et revenir aux États-Unis, c’est envisageable, pour Sean. « Mais j’attends de voir le résultat des élections », confie-t-il, « si Trump devait être élu, je crois que je ne me sentirais pas en sécurité. Et comme beaucoup d’autres, j’ai juste envie de trouver un endroit où je me sente accepté et heureux ». Mais de quel côté de l’Atlantique…

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