Timeliner





Olivier, 48 ans, féministe

Aneline Mennella 12 avril 2016
Breakfast at Olivier
12Avr

Victime de son succès, Timeliner a été contacté par Olivier, un Français expatrié depuis 13 ans aux États-Unis. Économiste à Washington, il a souhaité partager avec nous son histoire et son point de vue sur cette élection « très différente des précédentes ».

Le ton est posé, parfois hésitant, Olivier semble mettre un point d’honneur à trouver les mots justes pour exprimer ses idées. Ce « Parisien pur sucre », comme il dit, a dès son enfance baigné dans un environnement sinon militant du moins politisé. Un profond engagement pour la liberté individuelle qui, semble-t-il, s’est transmis de génération en génération.

Américain mais résolument Français

Arrière-petit-fils d’un grand résistant, membre de la Société des Nations et président de la Cours Internationale de Justice, petit-fils d’ambassadeur, fils d’une militante féministe, Olivier est « profondément attaché au respect de l’autre et à la protection des démunis et des minorités ». En ce sens, il trouve la candidature de Bernie Sanders « extrêmement intéressante parce qu’elle reflète un mouvement de fond aux États-Unis. Les Américains réalisent de plus en plus qu’ils ont un désir de vie, qu’ils ne sont pas des fourmis, corvéables à merci. En tout cas, en tant que Français, c’est rafraîchissant ». Et sa nationalité française, il y tient, pas question d’en changer ! Il se sent très bien au pays de l’Oncle Sam mais ne se sent pas Américain pour autant.

Pragmatiquement de gauche

S’il devait se placer sur l’échiquier politique, Olivier serait plutôt « de centre gauche ». Toutefois, il précise : « étant économiste, je suis un peu plus pragmatique, précise-t-il. Je ne considère donc pas que tout ce qui vient de la gauche est juste et ce qui vient de la droite est horrible parce que précisément mon métier doit s’accommoder des contraintes et décisions politiques ». C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il croit dur comme fer en la candidature d’Hillary Clinton. « Son expérience et ses compétences techniques, sa capacité à faire émerger des consensus politiques, à effectivement mettre en œuvre des réformes et son désir réel d’apporter plus de justice sociale font d’elle la présidente idéale… et aussi, parce qu’elle n’est pas parfaite. »

Campagnes du renouveau

Étonnamment, Olivier n’est pas aussi virulent qu’on pourrait le croire vis-à-vis des Républicains et notamment de Donald Trump. « Je pense que derrière le vote en faveur de Trump, voire de Cruz, se cache un rejet massif de la politique telle qu’elle est menée actuellement, analyse-t-il. Ils vont se faire balayer par Hillary, mais je pense que ça fera beaucoup de bien à la démocratie américaine parce que ça aidera le Parti Républicain à rejeter ces positions extrêmes pour in fine à rééquilibrer le débat politique. »
Optimiste direz-vous ? Eh bien oui, Olivier le clame haut et fort : « voir que des Américains ne veulent plus de ce système-là me donne plein d’espoir pour la suite ».

Tout pour ma fille

Il y a deux ans, Olivier et son mari ont adopté une petite fille. C’est aussi pour elle qu’il aimerait voir gagner la candidate démocrate. « Je serais tellement fier de pouvoir lui dire : « tu vis dans un pays où une femme a été élue présidente ! » » s’enthousiasme-t-il. Un message fort face à un constat alarmant pour notre Français : près de 90% des représentants politiques sont des hommes. « Ça voudrait dire que ma fille devrait vivre et grandir avec, implicitement, l’idée que la politique est une affaire d’hommes. » Impensable ! De fait, Olivier voit aussi en l’élection d’Hillary Clinton un moyen de casser ce verrou et de montrer à sa fille « qu’on a tous la liberté fondamentale de faire ses propres choix sans craindre d’échouer ».

Ce sur quoi le papa poursuit et conclue, amer : « je ne serais pas surpris que lorsqu’elle sera adulte, on attendra toujours d’avoir une présidente en France ».

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Aneline Mennella
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