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New York, le vote quitte ou double des Démocrates

Vincent Deroussent 19 avril 2016
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C’est le Blue State, l’un des Etats qui envoie le plus de délégués à la Convention Démocrate en juillet. Assez pour remettre d’aplomb Bernie Sanders (1100 délégués) ou juste ce qu’il faut pour entériner Hillary Clinton (1700 délégués) ? Décryptage à quelques heures des élections.

Sanders vs. Clinton, le débat« Si la participation est élevée, nous gagnerons » a affirmé Bernie Sanders avant son meeting dans le Queens lundi dernier. Sous ses airs bon enfant, la partie de poker politique engagée ces dernières semaines a pourtant pris une autre tournure dans le camp Démocrate. Les attaques sont directes et sans sommation notamment lors du débat télévisé sur CNN du jeudi 14 avril avec un Bernie Sanders très en forme dans son rôle de candidat anti-capitaliste, contre Wall Street : « [Pendant la crise financière] Mme Clinton était occupée à donner des conférences chez Goldman Sachs pour 225 000 dollars par discours. »  Pour se sortir de cette impasse, Hillary Clinton a sorti son meilleur joker, son CV : « Je me suis opposée au comportement des banques quand j’étais sénatrice ». À la tête de l’État de New York pendant 8 ans, elle se défend en rappelant son bilan de Sénatrice et de Secrétaire d’État « Le Président Obama a fait suffisamment confiance à mon jugement pour me demander d’être sa Secrétaire d’État. »

Clinton joue à domicile

Spécialiste en politique et littérature américaine, maîtresse de conférence à Sciences Po Lille, Alice Béja analyse simplement ce contraste de style : « Bernie Sanders est plus à l’offensive car il sait qu’Hillary Clinton joue à domicile. Elle peut se permettre d’être un peu plus sûre d’elle parce qu’elle a le sentiment que l’État lui est largement favorable. Bernie Sanders, après avoir gagné quand même une série de primaires ces dernières semaines (ndlr : 8 sur 9), cherche à regagner de la marge de manœuvre avec New York. Son objectif c’est de faire entendre le plus longtemps possible ses idées. Jusqu’à présent il a bien réussi à le faire ». Malgré une candidature très « exotique » au départ, comme le souligne Alice Béja, ses idées font sens dans l’électorat jeune, blanc et urbain à l’image des 17-29 ans qui ont voté à 84% pour le candidat social-démocrate dans l’Ohio. Cela suffira-t-il pour mobiliser l’électorat new-yorkais composé à 15% de la communauté afro-américaine, plutôt acquise à la candidature d’Hillary Clinton ?

New York juste un symbole

seal-nystatePour autant, cet État clé par son nombre de délégués est plus un symbole qu’un enjeu électoral. « Ce n’est pas ce qu’on appelle un swing state comme l’Ohio ou la Floride qui, selon les élections présidentielles, penchent plutôt pour les Républicains ou les Démocrates, explique Alice Béja. C’est un État très démocrate après il faut faire la distinction entre la ville de New York et l’État qui lui est très grand, notamment dans le nord avec des territoires beaucoup plus ruraux ». Le Blue State a déjà vu gagner Hillary Clinton en 2008 contre un certain Barack Obama à plus de 60%.

Un changement de règle pour les électeurs

Le chip leader de l’ex-Secrétaire d’État risque de s’accentuer le 19 avril avec une modification des règles du jeu dont les enfants de Donald J. Trump ont subi les railleries ces derniers jours, faute de s’être inscrits à temps dans l’État de New York. Pour les Démocrates et les Républicains, les primaires de New York sont « fermées », donc uniquement réservées aux électeurs affiliés à un parti avant le 9 octobre 2015 comme le relève Alice Béja « il y a eu un changement de règle qui fait qu’un certain nombre d’électeurs a raté la dead-line pour s’enregistrer. C’est un problème pour Sanders car les jeunes votent beaucoup pour lui et certains ne pourront pas alors qu’Hillary Clinton est la favorite des Démocrates et de l’establishment depuis l’annonce de sa candidature » il y a un an en avril 2015, alors que Bernie Sanders l’a annoncé bien plus tard, le 13 octobre 2015.

Ce format de la primaire de New York défavorise un candidat comme Sanders audelà même de son programme mais New York City, c’est aussi la ville d’Occupy Wall Street dont la candidature de Sanders est l’héritière. Alors quitte pour Sanders ou double pour Hillary ? Les intentions de vote sont à 53,7% pour la candidate de l’establishment démocrate contre 40,9% pour le social-démocrate selon une moyenne des récents sondages établis par RealClearPolitics.

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