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Les expat’ pourraient-ils changer la donne ?

Marine Quideau 25 avril 2016
www.votefromabroad.org
25Avr

« Les électeurs expatriés sont souvent perçus comme des sous-électeurs, bien qu’ils aient joué un rôle capital dans de précédentes élections. S’ils se mobilisent, ils peuvent à nouveau être essentiels ». C’est ce qu’il ressort d’un récent rapport sur le poids du vote des citoyens américains vivant hors des États-Unis. Ils sont des millions dans ce cas mais ont-ils la voix qui porte ?

Officiellement, le gouvernement américain ne compte pas combien de ses citoyens quittent le territoire, de manière temporaire ou définitive. Selon le Bureau du Recensement en 2001, « il n’existe aucune estimation du nombre d’Américains vivant à l’étranger. Nous sommes dans l’incapacité de donner un chiffre précis quant à la taille de la population expatriée ». C’est on ne peut plus clair et, de ce fait, les chiffres varient de 6 à 8 millions environ. Quant à établir un profil de l’expatrié américain moyen, là encore, aucune donnée ne le permet. On sait, en revanche, qu’ils sont présents dans une centaine de pays et que la majorité d’entre eux vit principalement dans dix pays (Mexico, Canada, Philippines, Israël, Royaume-Uni, Costa Rica, Corée du sud, Allemagne, France et Chine).

Des électeurs peu considérés

Même sans chiffre précis, c’est une population de taille importante et comparable à celle de certains États comme le Missouri ou le Massachussetts. Mais les expatriés semblent peu considérés dans cette élection présidentielle 2016. On leur met même des bâtons dans les roues, comme avec la loi FATCA. Cette loi fiscale « a eu un impact très négatif sur les expatriés américains, nous explique Anntoinette Lorrain, Secrétaire des Republicans Overseas France (ROF). Les États-Unis sont l’un des deux seuls pays au monde (l’autre étant l’Érythrée) à pratiquer une fiscalité basée sur la citoyenneté.  Cela veut dire : beaucoup d’impôts à payer et énormément de paperasse à remplir pour les expatriés », conclut-elle.

Selon le récent rapport publié par le Rothermere American Institute, de l’Université d’Oxford, le fossé entre la classe politique et la population expatriée se ressent lors de scrutins. Les chercheurs estiment en effet que seuls 12% des Américains de l’étranger voteraient lors d’élections présidentielles. Et pour Meredith Wheeler, membre fondateur des Democrats Abroad France (DAF) à Toulouse interviewée par Timeliner, les raisons sont multiples. « Certains expatriés pensent parfois qu’ils perdent leur droit de vote en s’installant à l’étranger, nous explique-t-elle. C’est faux, le droit de vote est garanti à vie à tout citoyen américain, où qu’il vive. D’autres finissent par tellement adopter la culture de leur pays d’accueil qu’ils en oublient un peu la politique américaine ».

Un poids politique évident

12% de votants sur  6 à 8 millions d’expatriés, cela fait tout de même quelques centaines de milliers de bulletins. Et lors de l’élection présidentielle de 2000, lorsque George W.Bush affrontait Al Gore, seules quelques centaines de bulletins de l’étranger auraient pu faire basculer l’Histoire. Ce fut sans doute l’une des élections les plus rocambolesques avec ce fameux épisode du recomptage des voix en Floride. C’est là que tout s’est joué. Les compteurs de bulletins auraient été arrêtés avant la date limite officielle, invalidant de fait des bulletins arrivés de l’étranger. Ces derniers auraient pu changer la donne en Floride et envoyer Al Gore directement dans le Bureau Ovale.

Et des problèmes techniques, les expatriés en rencontrent beaucoup. Les bulletins en retard, donc, car les services postaux ne se valent pas d’un pays à l’autre. Mais aussi ceux qui n’arrivent jamais et se perdent quelque part dans le monde. « Même si cela reste vrai, l’ouverture des votes par Internet, il y a dix ans, a changé les choses » nous a confié Meredith Wheeler.

Une forte mobilisation à l’étranger

D’où l’intérêt de mobiliser ses troupes de l’étranger. C’est le rôle des Democrats Abroad et des Republicans Overseas, deux organisations qui représentent les électeurs des deux partis hors des frontières américaines. Leur objectif est le même mais leurs systèmes de fonctionnement sont très différents. Comme nous l’explique Anntoinette Lorrain, des ROF, « les Democrats Abroad sont reconnus comme un État par le Parti Démocrate et le Comité National Démocrate. À ce titre, ils ont des délégués votant lors de la Convention Démocrate. En revanche, les Republicans Overseas, eux, n’ont pas cette reconnaissance du Comité National Républicain et ne dispose donc que de délégués non-votants lors de la Convention Républicaine. Nous ne votons pas mais notre forte relation avec le Parti Républicain nous permet de faire entendre notre voix au plus haut niveau » nuance-t-elle. Pour bien comprendre, cela signifie donc qu’au titre de leur reconnaissance officielle par le Parti Démocrate, les délégués élus des Democrats Abroad auront le droit de voter pour leur candidat favori lors de la Convention du Parti en juillet. En revanche, les Republicans Overseas n’ayant pas de représentation officielle au sein du Parti Républicain, leurs délégués ne sont présents à la Convention républicaine qu’en simples représentants des expatriés.

                                                                                                Bureau de vote en Irlande

Le but de ces organisations est également de faciliter le vote pour les ressortissants américains. Les Democrats Abroad, grâce à leur appartenance au parti, bénéficient de bien meilleures conditions que leurs opposants des Republicans Overseas. Les électeurs démocrates ont ainsi eu accès à des bureaux de vote un peu partout dans le monde lors du Super Tuesday du 1er mars dernier et ont officiellement voté pour la Democrats Abroad Global Primary, la primaire réservée aux expatriés. Rien de tout cela chez les Républicains de l’étranger. Ils doivent voter lors du scrutin organisé dans l’État où ils habitaient avant de quitter l’Amérique. Qu’ils y aient encore une propriété ou non. Qu’ils envisagent d’y revenir un jour ou pas. De plus, aux États-Unis, chacun des 50 États dispose de ses propres modalités de scrutin. C’est un peu la pagaille, pour les Republicans Overseas.

Cette année, une grande majorité des Démocrates de l’étranger a voté pour Bernie Sanders, 69% contre 31% pour Hillary Clinton. « Cela reflète les valeurs progressistes des électeurs démocrates de l’étranger. Ils voient que d’autres pays font les choses différemment et souvent mieux que les États-Unis. Bernie Sanders est perçu comme un vrai candidat progressiste » conclue Meredith Wheeler. Grâce aux 9 délégués remportés par Bernie Sanders et aux 4 acquis à Hillary Clinton, ce sont donc 13 délégués des Democrats Abroad qui voteront lors de la Convention Démocrate de juillet. Du côté Républicains, les seuls chiffres publiés à ce jour sont ceux d’un sondage mené en janvier dernier qui donnait Rand Paul en tête, suivi de Marco Rubio et, en troisième position, de Donald Trump…

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