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James, 62 ans, néo-militant

Aneline Mennella 19 avril 2016
James Cohen
19Avr

"Le succès de la campagne Sanders est la surprise électorale d'une vie". Une vie que James Cohen a débutée dans le Massachusetts, aux États-Unis, et qu'il poursuit depuis près de 40 ans en France. Fin février, ce Franco-Américain a profité de ses vacances pour retourner à Springfield, sa ville natale, pour faire du porte-à-porte en faveur du candidat socialiste.

C’est une première pour James. Jamais jusqu’alors il n’avait autant pris part à une campagne. Politisé mais non pratiquant, il ne participe que sélectivement à la vie électorale américaine. L’homme n’en demeure pas moins fin observateur et connaisseur des Amériques puisqu’il est professeur d’études américaines à l’Institut du Monde Anglophone à l’université Paris III.

« Le capitalisme va trop loin »

C’est en cours de route que James a pris le train Sanders. « Je connais le personnage depuis assez longtemps, mais c’est lorsque j’ai vu qu’il y avait de réelles possibilités électorales pour lui que je m’y suis sérieusement intéressé », confie-t-il. Et quel intérêt ! « Je n’ai jamais vu de mon vivant une campagne qui soulevait autant de thèmes essentiels à la démocratie et qui incorpore toute une jeunesse mobilisée. Des thèmes rarement abordés et qui ont émergé grâce à Bernie Sanders ». Plus généralement, James estime que « le capitalisme va trop loin » tendant à devenir « antidémocratique et écologiquement dangereux ». C’est pour toutes ces raisons, et aussi parce que son cœur a toujours « penché à gauche voire très à gauche », qu’il a décidé de s’engager pour l’ancien maire de Burlington.

Et quand James s’engage, ce n’est pas à moitié. Profitant des vacances d’hiver, l’universitaire s’envole pour le Massachusetts. Direction le QG de campagne de Sanders à Springfield, la ville qui l’a vu naître. « Des volontaires étaient venus de toute la région, et même des États voisins, pour prêter main forte. Il y avait un enthousiasme que j’ai rarement vu » se souvient-il. Au programme : coups de fil et porte-à-porte. Il faut dire que nous sommes à quelques jours du 1er mars, LE fameux Super Tuesday.

« Derrière plusieurs portes, j’ai vu une vraie pauvreté »

Sur le terrain, les volontaires étaient répartis par groupes de deux et envoyés dans différents quartiers de la ville. « Nous avions une liste de noms et d’adresses de personnes qui avaient émis leur intention de voter pour Bernie Sanders, explique James. Notre rôle était d’aller les voir pour leur rappeler la date de l’élection et l’importance de se déplacer aux urnes ».

Ces visites lui ont permis de rencontrer des citoyens engagés, des intellectuels, sensibilisés aux questions politiques, mais aussi des personnes plus démunies, beaucoup moins investies et mal informées. « Derrière plusieurs portes, j’ai vu une vraie pauvreté. Certains ne savaient pas que des élections allaient se tenir dans quelques jours » observe-t-il. Deux jours plus tard, Bernie Sanders s’inclinait « d’extrême justesse » face à Hillary Clinton, avec seulement un délégué d’écart.

Hillary Clinton : « la candidate du statu quo »

Parlons-en justement d’Hillary. James ne la porte pas dans son cœur, au contraire. « Ses prises de position, notamment en matière de politique étrangère, la font paraître plus Républicaine que Démocrate, analyse l’universitaire. C’est la candidate du statu quo qui n’a de neuf que d’être une femme. Je souhaite que les États-Unis ait une présidente, mais pas elle ». Commentateur politique et journaliste à ses heures, il constitue d’ores et déjà un dossier à charge contre la candidate et son bilan politique. Un dossier qu’il compte bien révéler publiquement via des tribunes et des essais, voire un livre. Affaire à suivre donc…

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Aneline Mennella
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