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Convention contestée : du rififi chez les Républicains

Aneline Mennella 25 avril 2016
Ted Cruz - CREDIT PHOTO : Gage Skidmore
25Avr

Une autoroute s'est-elle ouverte pour Donald Trump ? Après sa victoire écrasante à New York, le milliardaire semble être le seul candidat à pouvoir atteindre les 1237 délégués nécessaires à la nomination du candidat républicain. C'est sans compter sur l'opiniâtreté et la détermination de Ted Cruz qui a d'ores et déjà annoncé qu'on se dirigeait vers une convention contestée.

« Ted Cruz est mathématiquement éliminé de la course » C’est ce que l’on pouvait lire sur le compte Twitter de Donald Trump au lendemain de la primaire new-yorkaise. Dans les faits, le magnat de l’immobilier n’a pas totalement tort.


Avec à ce jour 559 délégués en poche (contre 845 pour Trump), Ted Cruz aurait besoin d’au moins 678 délégués supplémentaires pour remporter la nomination. Cela représente la totalité des 674 délégués qui restent à pourvoir… plus quatre ! Impossible donc, pour lui comme pour John Kasich, cela va sans dire. Toutefois, le sénateur du Texas nuance « aucun d’entre nous n’attendra les 1237 délégués », et conclue « nous nous dirigeons vers une convention contestée ».

Une convention de tous les possibles

On parle de convention contestée lorsque, au moment de la Convention Nationale, aucun candidat n’a obtenu au moins 1237 délégués. Si, après le premier tour, la majorité absolue n’est toujours pas atteinte, on entre alors dans une convention « ouverte » ou « négociée ». Et c’est là que les choses se corsent puisque, dès le deuxième tour, les trois quarts des délégués sont « libérés » et peuvent donc voter pour qui ils veulent. Après le troisième tour, c’est open vote !

Donald Trump - CREDIT PHOTO : Michael VadonC’est là que Donald Trump pourrait se retrouver en difficulté. D’une part, parce qu’il est loin de faire l’unanimité auprès de l’establishment républicain qui ne se gênera pas pour lui mettre des bâtons dans les roues. D’autre part, parce qu’il a négligé un élément fondamental pendant sa campagne : s’assurer de la loyauté de ses délégués ! Un travail au long cours auquel Ted Cruz s’est attelé depuis longtemps déjà et qui lui confère donc a priori une base solide. Trump, lui, vient tout juste de s’y mettre en s’adjugeant les services de Paul Manafort, l’homme qui avait œuvré pour Gerald Ford lors de la dernière convention contestée républicaine en 1976.

Une convention ouverte pourrait aussi dégager un nouveau candidat, bien que ce scénario reste fort peu probable. Les délégués, libérés de leur mandat initial, pourraient alors tout à fait désigner un quatrième homme, que ce soit un ancien prétendant ou même une nouvelle tête d’affiche. Paul Ryan, l’actuel président de la Chambre des Représentants, a ainsi été fortement pressenti alors même que l’intéressé affirmait : « je ne veux ni n’accepterai la nomination républicaine ».

La démocratie à tout prix ?

Cette course effrénée (et sans merci) à l’investiture amène tout de même à s’interroger : le Grand Old Party doit-il s’en tenir à la règle qui veut que la nomination revienne à celui qui a obtenu au moins 1237 délégués ou, si ce chiffre n’est pas atteint, nommer le candidat qui a simplement rassemblé le plus de voix ?

Pour tenter de répondre à cette question, Politico a organisé son propre caucus. Le pure player, expert reconnu en matière d’analyses politiques, a ainsi interviewé un panel de stratégistes, d’activistes et d’employés du GOP dans sept États clés. Et leurs réponses sont pour le moins partagées : 58% des sondés estiment que si Trump obtenait la majorité des délégués sans pour autant atteindre les 1237 requis, le Parti devrait nommer quelqu’un d’autre. « Je suis résolument dans le camp ‘JamaisTrump’, explique un Républicain du New Hampshire. Sa nomination tuerait le Parti ». À l’inverse, 42% estiment que la victoire devrait revenir au milliardaire, certains justifiant ce choix par les mêmes arguments, à savoir la préservation du Parti.

Voter pour son camp ou contre l’adversaire ?

« D’un point de vue strictement démocratique, ou démocratie directe, il serait logique que Donald Trump emporte l’investiture » nous a confié Lauric Henneton, maître de conférence à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et spécialiste en politique, histoire et religion aux États-Unis. « Si ce n’était pas le cas, poursuit l’universitaire, cela renforcerait le message envoyé par ses électeurs : on nous vole « le » politique, à « nous le peuple » (we the people). Donc cela nourrirait encore plus le sentiment de dépossession et de rupture entre le peuple et les élites. »

De fait, nombre d’électeurs de Trump aux primaires pourraient très bien bouder les urnes en novembre, « sauf dans le cas où ils voteraient non pas pour le candidat républicain désigné à la place de Trump, mais contre le candidat démocrate, surtout si c’est Hillary Clinton, qui représente plus l’establishment, précise l’universitaire. C’est le principal calcul : voter pour ou voter contre. » Pancarte anti-Hillary Clinton - CREDIT PHOTO : Gage SkidmoreEt Lauric Henneton d’interroger : « les pro-Trump ont-ils davantage intérêt à voter pour leur camp ou à faire valoir leur pureté, non pas idéologique, mais émotionnelle, puisqu’il s’agit essentiellement d’un vote de colère ? Après tout, Cruz est certes sénateur, mais très en marge de l’establishment, même s’il a rallié son soutien. »

La Maison-Blanche ou le Congrès ?

L’autre grande question est celle du Congrès. Rappelons qu’en novembre le vote des citoyens permettra non seulement d’élire un(e) président(e) mais aussi de renouveler une partie du Congrès, à savoir un tiers du Sénat et la totalité de la Chambre des Représentants.

Or, on l’a vu sous Obama, un président en butte à un Congrès hostile est assez impuissant. « L’intérêt des Républicains est-il d’abord de conquérir la Maison-Blanche ou de s’assurer que le Congrès ne bascule pas du côté démocrate ? Soulève Lauric Henneton. Avec Hillary Clinton à la présidence, le GOP, que ce soit la frange ‘fiscal conservative’ ou ‘moral conservative’, a intérêt à la neutraliser au Congrès pour le budget, bien entendu, mais également pour les nominations, en particulier celle des juges à la Cour suprême, troisième sommet du triangle institutionnel. »

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