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L’hymne de leur campagne

Aneline Mennella 30 mars 2016
Neil Young - CREDIT PHOTO : Man Alive!
30Mar

Du « Rockin’ in the free world » de Bernie Sanders au « Eye of the tiger » de Donald Trump, le choix des musiques de campagne en dit long sur le refrain des candidats. Un choix épineux pour les responsables marketing car les morceaux doivent à la fois accompagner le message politique sans l'étouffer, tout en s'accordant à l'image du candidat et aux goûts de la cible électorale. Une équation qui ne fait pas toujours recette.

La musique comme outil politique ne date pas d’hier. Le premier exemple frappant remonte à l’élection de 1840 remportée par William Henry Harrison. Durant sa campagne, Harrison et son futur vice président, John Tyler, ont ainsi utilisé « Tippecanoe and Tyler too » pour accompagner leurs meetings. Cette libre adaptation d’un champ populaire vante l’héroïsme des deux hommes lors de la bataille de Tippecanoe en 1811.

Quand la musique est bonne

Plus récemment, lors de la campagne de 1992, Bill Clinton, premier baby-boomer candidat à la Maison Blanche, a lui aussi fait sensation en diffusant « Don’t stop thinking about tomorrow » de Fleetwood Mac.

Une chanson marquée par son optimisme et dont le titre a également servi de slogan de campagne. En 2004, Georges W. Bush l’a quant à lui emporté sur les notes de « Still the one » du groupe Orleans, en dépit des objections des artistes. Quatre ans plus tard, Barack Obama va plus loin en créant sa propre musique autour de son fameux « Yes we can ». Un morceau composé par Will.i.am et interprété par une flopée de célébrités sur fond de guitare acoustique et de discours du futur président.

Quand la musique déconne

La musique sert donc à valoriser le candidat tout en draguant l’électorat. Une combinaison qui requière un savoir-faire pas donné à tout le monde. En témoignent les quelques faux pas constatés cette année. En tête, Ben Carson et son spot radio interprété par le rappeur républicain chrétien Aspiring Mogul.

L’ancien neurochirurgien, aujourd’hui hors course, a vu dans ce genre musical le moyen de toucher les jeunes Afro-Américains. Un langage original qui s’est néanmoins heurté à un mur de scepticisme et d’incompréhension. Et pour cause, en avril 2015, l’homme avait sévèrement critiqué la culture hip-hop, l’accusant de détruire la communauté et les valeurs afro-américaines. Ajoutez à cela une qualité musicale plus que médiocre et vous obtenez un bide.

Hillary Clinton s’est elle aussi illustrée dans une campagne pour le moins préjudiciable. Pour sa défense, ni elle ni son équipe de compagne n’ont validé ce qui va suivre. Il s’agit d’une vidéo intitulée « Stand with Hillary » initiée et  financée par  le Comité d’Action Politique (Super PAC) de la candidate.

Le but était de séduire l’électorat Latino-Américain et les ouvriers. Raté, puisque rien dans la musique (ni dans l’image d’ailleurs) n’y fait référence. Au contraire, les sonorités sont tout ce qu’il y a de plus country et les paroles relèguent Hillary au rôle de mère, de fille et d’épouse aimante. Un clip ô combien réducteur et stéréotypé qui a amené les plus déconcertés à se demander s’il s’agissait d’une blague. Depuis, Clinton s’est rattrapée. Conseillée par une agence spécialisée, elle a constitué « The official Hillary 2016 Playlist », 14 morceaux aux accents, pop, rock et latino prônant l’optimisme, la féminité et l’opiniâtreté.

Quand la musique sanctionne

Il arrive aussi que certains musiciens ou groupes s’opposent à l’utilisation de leurs œuvres. C’est ce qui est notamment arrivé à Donald Trump, et pas qu’une fois. Pour accompagner l’annonce de sa candidature en juillet 2015, le milliardaire a cru bon de choisir « Rockin’ in the Free World » de Neil Young, sans l’accord de l’artiste. Ce à quoi le manager du chanteur a répondu « Donald Trump n’a pas été autorisé à utiliser (cette chanson). M. Young est un supporter de longue date de Bernie Sanders ». Aerosmith, R.E.M.et Adele ont, eux-aussi, demandé au candidat de cesser d’utiliser leurs morceaux (respectivement « Dream on », « It’s the end of the world as we know it » et « Skyfall »). Pas découragé pour deux sous, l’homme a alors créé son propre morceau, inspiré d’un classique de la Première Guerre mondiale, interprété par trois jeunes filles drapées des couleurs du drapeau américain et s’égosillant : « Ennemis de la liberté, prenez garde. Allez les gars, descendez-les ! ».

Ted Cruz s’est lui aussi fait remonter les bretelles par quelques artistes. Explosions in the Sky s’est ainsi opposé à l’utilisation de son « Your hand in mine » dans l’un des clips de campagne du candidat. Même son de cloche du côté des rappeurs de Geto Boys qui n’ont pas digéré la parodie de leur chanson « It feels good to be a gangsta » en « It feels good to be a Clinton » dans un autre clip.

A ce jour, le sénateur du Texas est  officiellement soutenu par le groupe pop-rock chrétien Newsboys, bien qu’il affirme  ne plus se reconnaître dans le rock depuis le 11 septembre 2001 et ne plus écouter que de la country.

Quand la musique fonctionne

Hillary Clinton, on l’a vu, manie la carte musicale avec brio et affiche le soutien d’artistes de renom comme Katy Perry, 50 Cent, Beyoncé, Kanye West et Snoop Dogg. Son rival, Bernie Sanders, n’est pas en reste. Killer Mike, Lil B, Jeff Tweedy, Neil Young ou encore les Red Hot Chili Peppers se sont ralliés à sa cause. Par ailleurs, il est le seul candidat à avoir sorti un album. L’enregistrement, en compagnie de 30 musiciens du Vermont, remonte à 1987 quand il était alors maire de Burlington.

À l’instar de sa rivale, lui aussi a sorti une playlist de campagne dans laquelle figurent entre autre David Bowie, Simon & Garfunkel et Tracy Chapman.

John Kasich est quant à lui le plus rock des prétendants à la Maison-Blanche. Inconditionnel de Pink Floyd, il a promis que, s’il était élu président, il ferait tout son possible pour réunir le groupe. Rien d’extravagant toutefois dans le choix de ses musiques de campagne. Lors de l’annonce de sa candidature, on a ainsi pu entendre « This town » d’O.A.R., « Seven nation army » des White Stripes ou encore U2 avec « A beautiful day ».

Quand la musique questionne

La musique a donc ce pouvoir de conditionner l’électorat et, le cas échéant, d’influencer une élection. Car, au-delà des notes, les morceaux choisis en disent long sur le programme et la personnalité des candidats. Ce constat semble particulièrement frappant depuis quelques années, tant et si bien que des chercheurs américains ont même créé un site internet entièrement dédié aux musiques de campagne (traxonthetrail.com). Preuve s’il en est que 4ème art est devenu un art politique dont la pratique exige une connaissance accrue du solfège et de l’instrument.

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