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Alix, 29 ans, serial entrepreneuse

Vincent Deroussent 11 mars 2016
Alix
11Mar

Bienvenue dans le premier épisode de notre rubrique Breakfast at… dédiée aux expatriés, qu’ils soient américains en France ou français aux Etats-Unis. Dans ces portraits aux parfums de café moulu et de tartine au beurre, nous nous arrêterons sur un bout de vie et un point de vue avec un soupçon de subjectivité sur la campagne américaine.

Le plus dur en politique c’est de choisir : croissant ou pain au chocolat ? Alix, franco-américaine née à Hong-Kong, ne se décide pas. Dans ce café du 18ème arrondissement de Paris, elle annonce la couleur « J’ai besoin de voir le menu pour me décider. Pour le moment c’est trop tôt, la campagne politique ne fait pas ressortir des idées de fond mais juste des personnalités ».

Dans son parcours professionnel, elle a pourtant fait des choix qui lui sourient. Diplômée en design industriel en Californie, elle lance sa startup à Los Angeles avec trois associés. Nimble Scooter conçoit une trottinette avec un large bagage pour transporter des objets sur des petites distances principalement à destination des professionnels. « Tout a commencé par un prototype que nous avons conçu en 2011 que nous avons ensuite produit en 25 exemplaires ». Un site web marchand et quelques retours d’utilisateurs plus tard, la production passe à 1000. « Aujourd’hui nous développons des modèles 100% made in USA ». Elle partage son temps avec un autre projet, le salon AUTONOMY, dédié à la mobilité douce qui se tiendra à Paris en octobre prochain. Entre Paris et Los Angeles, elle préfère travailler dans une ville qui sait se chausser sans souci. « Les Américains passent leur vie dans leur voiture. Du coup, quand ils achètent des chaussures, ils ne regardent pas forcément la qualité mais le prix. En France, on est plus attentif à l’origine et à la composition d’un produit car s’il faut changer ses chaussures tous les 2 mois, où est l’intérêt… ».

Donald Trump est un crook, il a un charisme dangereux

Politique, business, même combat ? Alix préférerait éviter le mélange des genres. « La politique ne doit pas devenir un terrain de jeu commercial. Le gouvernement américain est devenu une marque. Je ne serais pas étonnée si dans 10 ans le Président Américain sorte de la Silicon Valley ». Dans un autre registre, Donald Trump tient le rôle de l’entrepreneur à succès pour de nombreux Américains, Alix ne voit pas cette réussite du même oeil  : « C’est un crook, il a un charisme dangereux. D’ailleurs que serait sa fortune sans les travailleurs immigrés contre qui il fait campagne aujourd’hui » (Ndlr : Le milliardaire a embauché de nombreux immigrants pour la construction de la tour Trump dans les années 1970). Je préfère un Google à Trump » lâche-t-elle ironiquement.

Son président idéal : « un bon gestionnaire qui travaillerait pour la prospérité de l’ensemble du territoire ». Une personnalité à l’image de John Kerry, son premier bulletin de vote glissé en 2005. Aujourd’hui, elle guette Bernie Sanders, l’idole des jeunes, du coin de ces notifications Facebook. « Je me méfie de l’engouement que peuvent avoir les internautes pour un candidat. Avant de me décider, j’ai besoin de fouiller son programme et ses idées ». Bernie Sanders, un entrepreneur d’une autre trempe, « Ah bon, il était charpentier ? Cela ne m’étonne pas, il a vu d’autres choses et il ne parle pas que de lui ». De la charpente d’une maison au guidon d’une trottinette, le vote d’Alix reste indécis, « c’est trop tôt ! » insiste-t-elle. Entre temps, le serveur a déposé son pain au chocolat à côté de son thé vert. D’une moue dubitative, elle regrette « J’aurais du choisir le croissant ! ».

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